CRISE MONDIALE DE LA PECHE

 

SOURCE DE L’INFORMATION :  Banque Mondiale

REPRODUCTION DE L’ARTICLE

Une Crise mondiale de la pêche : Il est urgent d’agir si on veut l’éviter



Les pêches dans le monde entier sont en état de crise.

L’absence d’une véritable gouvernance de l’océan dans la plupart des régions a conduit les zones de pêches parmi les plus abondantes du monde au bord de la catastrophe. C’est ce que nous dit John Virdin, un consultant spécialiste de l’environnement, à la Banque mondiale.

Une combinaison de différents éléments a entraîné une surexploitation mondiale : les progrès de la technologie de pêche qui ont permis aux bateaux de pêche de prendre plus de poissons que jamais auparavant, une explosion démographique sur les côtes, les subventions octroyées à leurs flottes de pêche par les pays développés, et cette demande pour les produits de la mer qui ne cesse de croître.

Le résultat : un quart des principales zones de pêche du monde est aujourd’hui surexploité, et 40% sont pleinement exploités. Cette surexploitation, aggravée par une mauvaise utilisation des terres, a fait des poissons d’eau douce une des espèces animales les plus menacées au monde. Aujourd'hui, 20% ont disparu, sont menacés de disparition ou sont considérés comme vulnérables. Les poissons commercialement importants comme le labre Napoléon, un poisson des récifs coralliens, la légine australe, la légine antarctique, le requin pèlerin ou éléphant de mer, et le requin baleine sont en passe de figurer sur la liste des espèces en voie de disparition.

La surexploitation s’ajoute à la perte de l’habitat et à la pollution pour menacer la survie de nombreuses espèces, y compris des mammifères marins, des tortues, des oiseaux de mer et des invertébrés. Quatre-vingts espèces figurent déjà dans la catégorie la plus menacée et 28 autres sont considérées comme étant fortement menacées si un contrôle de leur pêche n’est pas établi.

Une véritable quadrature du cercle sur le plan commercial

La plupart des grandes zones de pêche du monde se trouvent dans des eaux qui appartiennent à des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Leurs poissons sont pêchés en grandes quantités par des bateaux qui, eux, appartiennent à des pays développés et fonctionnent grâce aux subventions de leurs gouvernements. Ces dernières sont énormes au niveau mondial : entre 12 et 20 milliards de dollars EU.

Les flottes industrielles ne sont pas les seules à augmenter la pression sur les ressources de la mer. Le nombre des pêcheurs a quadruplé. Il comprend essentiellement des pêcheurs artisanaux dans les pays en développement qui pêchent pour se nourrir, ou pour gagner leur pain.

L’augmentation de la pêche oblige les flottes de pêche au niveau mondial à travailler plus dur pour pêcher le même nombre de poissons. En fait, les prises des poissons les plus populaires sont en baisse depuis 1988. Au cours des 50 dernières années, le nombre de morues, de thons, de mérous et de requins, c’est-à-dire les poissons de mer de plus grande valeur, a chuté d’environ 90%.

Océans vides : l’effet dévastateur de la surexploitation

Le nombre de morues, de thons, et de mérous a chuté de près de 90% au cours des 50 dernières années.

Un quart des principales zones de pêche marines du monde sont surexploitées et 40% sont exploités au maximum.

En Asie, le poids cumulé du poisson (biomasse) vivant dans les eaux côtières n’est plus aujourd’hui que 8 à 12 % de ce qu’il était il y a un siècle.

En Asie du sud-est, 88% des récifs coralliens sont menacés par l’homme.

Une crise grave de la pêche mettrait en danger une des principales sources alimentaires de 250 millions de personnes.

 

 


En Asie, le poids cumulé des poissons vivant dans des eaux côtières (biomasse) ne serait plus que de 8 à 12% de ce qu’il était il y a un demi-siècle. Dans le Golfe de Thaïlande, la prise par heure à partir du même bateau de surveillance, utilisant les mêmes équipements de pêche, a chuté de 250 kg par heure en 1961 à 18 kg par heure en 1999.

La disparition des grands poissons oblige les pêcheurs à se rabattre sur des poissons de beaucoup plus petite taille. Sans un effort concerté de la communauté mondiale, la santé des océans de la planète et celle des principaux plans d’eau intérieurs et rivières pourrait subir des dégâts irréversibles. Telle qu’elle est partie, la crise risque de frapper le plus durement les pays en développement qui comptent sur leurs exportations halieutiques pour obtenir des devises étrangères. A défaut d’action, 30 millions de personnes parmi les plus pauvres du monde verront leurs revenus s’effondrer davantage.

Solutions durables

Créer des régimes de pêche soutenables dans leurs eaux représente pour les pays en développement un défi particulièrement difficile à relever, dit Virdin.

Un des éléments principaux de tout plan d’action est d’abord d’obtenir un appui au niveau national sur les éléments suivants :

· Limiter le niveau des prises à des niveaux soutenables
· Reconstituer les stocks halieutiques lorsque nécessaire
· Protéger les zones de reproduction
· Encourager l’aquaculture de façon à diminuer la pression sur les rivières et les océans
· Trouver d’autres moyens de subsistance qui pourront inciter les pêcheurs à se reconvertir.


Mettre en place des régimes de pêche soutenables demande une vision à long terme de ceux qui pourront pêcher, du niveau d’exploitation autorisé, des zones où la pêche sera permise, des redevances et autres droits à payer pour y pêcher et des intérêts de pêche étrangers avec lesquels il faudra négocier, ajoute Virdin.

Les plans auront également à détailler l’assistance financière qu’il faudra donner au secteur privé et l’influence qu’il aura sur la gestion des ressources, le contrôle de la qualité, le suivi et la surveillance côtière.

Selon Virdin, la communauté internationale et la Banque mondiale ont un rôle essentiel à jouer pour aider les nations de pêche les plus pauvres à mettre en oeuvre cette vision, en particulier pour les aider à amener autour de la table les différents acteurs et obtenir un consensus, et pour leur fournir une assistance technique si elle est nécessaire. C’est pourquoi la Banque mondiale, qui vient de publier un document stratégique « Sauver le poisson et la pêche », renforce à l’heure actuelle sa propre dotation en personnel dans ce domaine pour mieux aider les pays en développement.

Les pêches à la limite ou en déclin

Dans de nombreuses zones, comme le Golfe de Thaïlande, et les zones côtières du Sénégal et du Vietnam, la quantité totale de poisson récoltée a augmenté, mais essentiellement parce que les prix se composent d’espèces plus petites et de moindre valeur, et donc la valeur de la prise totale a chuté.

Les pêches à la morue de Terre-neuve ont pratiquement cessé d’exister et celles de la morue de la Mer d’Irlande peuvent s’effondrer à tout moment.

Les stocks de thon sont soumis à une pression accrue dans tous les océans. Les stocks halieutiques de thon rouge sont surexploités et le niveau des stocks d’albacore est préoccupant.

Bien que les stocks de crevettes donnent moins de signes d’épuisement, la taille des prises diminuent dans de nombreuses zones de pêche importante.

 

 


Il est temps d’agir maintenant

Mais il ne faut pas désespérer : il n’est pas trop tard pour arrêter cette crise. Les données scientifiques les plus récentes montrent qu’en agissant maintenant et en adaptant des méthodes et stratégies qui ont fait leur preuve ailleurs, on pourrait permettre aux écosystèmes menacés de se reconstituer, du moins en partie. Il est même possible que dans 10 ans, on puisse à nouveau augmenter les prises, si on ramène aujourd’hui la pêche à un niveau soutenable.

Une industrie mondiale de la pêche durable est essentielle pour protéger les revenus de personnes parmi les plus pauvres du monde, et pour préserver les flottes de pêche des pays développés. Sans une industrie mondiale de la pêche durable, les océans de la planète et une des sources alimentaires les plus importantes de l’homme sont en danger.