LES RECIFS DE CORAIL ET LA PECHE

 

SOURCE DE L’INFORMATION : Banque Mondiale

REPRODUCTION DE L’ARTICLE

Un nouveau front dans la lutte contre la pauvreté : les récifs de corail et la pêche.



Les jeunes amputés que l’on rencontre dans les communautés côtières des îles de l’Indonésie orientale ressemblent plus à des grands blessés de la guerre qu’à des pêcheurs.

Pawan Patil, économiste principal à la Banque mondiale, les voit trop souvent lorsqu’il voyage dans la région pour son travail. Ces hommes, dont plusieurs sont encore presque des enfants, sont ceux qui n’ont pas pu lâcher à temps les bombes artisanales qu’ils jettent dans l’eau pour attraper le poisson, comme beaucoup de pêcheurs dans cette région.

La pêche à l’explosif se pratique en jetant dans l’eau des bombes artisanales et en faisant littéralement exploser le poisson pour le faire remonter à la surface. C’est une pratique populaire dans la région depuis de nombreuses années. Elle permet aux pêcheurs de prendre rapidement un grand nombre de poissons, dont plusieurs seront en suffisamment bon état pour être envoyés sur le marché.

Mais les conséquences des bombes, faites traditionnellement de bouteilles ou de coques de noix de coco remplies d’engrais et d’une simple mèche, vont encore bien plus loin que la perte tragique des membres chez les jeunes gens du village. Leur utilisation très répandue détruit les récifs coralliens en creusant de grands cratères sur le fond de l’océan. Elle menace la poursuite des activités de pêche car les récifs coralliens ont un rôle essentiel dans la reproduction des poissons.

La pêche à l’explosif menace également une des sources alimentaires les plus importantes de la région, qui est aussi une source de revenus essentielle pour ses habitants, souvent très pauvres.

Patil a dans son portefeuille un des plus grands projets de réhabilitation de récifs coralliens au monde, le Programme de phase II de réhabilitation et de gestion des récifs coralliens. Le but de ce projet est de protéger des affleurements de corail uniques au monde et d’améliorer les conditions de vie des communautés les plus pauvres de la région.

Patil explique que ce projet s’inscrit parfaitement dans la stratégie globale de la Banque : lutter contre la pauvreté dans les pays en développement et créer des sources de revenus durables tout en protégeant l’environnement.

« Cette pêche est pratiquée par des millions de gens souvent très pauvres», dit-il. « C’est pourquoi ce projet est tellement important pour des communautés très démunies qui dépendent essentiellement de la pêche artisanale pour leur subsistance. »

Lorsqu’on sait qu’environ 10.000 communautés côtières en Indonésie ont la pêche pour source principale de revenus, on comprend mieux pourquoi ce projet est important pour la réduction de la pauvreté, comme l’explique Patil.

Le projet est financé par des prêts de la Banque mondiale d’une valeur de 56,2 millions de dollars EU, par 7,5 millions de dollars EU du Fond pour l’environnement mondial, et par 10,9 millions de dollars EU du gouvernement indonésien.

Le gouvernement indonésien n’a pas ménagé son appui au projet. C’est l’une des premières fois qu’un pays en développement lance un programme à long terme visant à mettre en place un instrument national de gestion durable des récifs coralliens basé sur un apprentissage adaptatif.

C’est également le premier effort par un gouvernement pour répondre à l’appel lancé au cours du sommet mondial sur le développement durable et aux réunions des G 8 de mai 2003 à Evian en France, pour que soit accordée une priorité mondiale à la mise en place de réseaux d’écosystèmes marins protégés dans le monde pour 2012 au plus tard.

Une leçon pour d’autres

Selon Patil, une des principales innovations du projet a été de faire des communautés locales les véritables gestionnaires de l’écosystème de récifs coralliens. Ces communautés participent à toutes les principales décisions et se sentent responsables pour l’activité de pêche. Elles savent également qu’elles peuvent obtenir l’aide dont elles pourraient avoir besoin du gouvernement local, ainsi que du gouvernement national pour mettre en application de façon légale leurs décisions de gestion.

Cette technique de gestion collaborative, dit Patil, pourrait être utilisée à grande échelle dans de nombreuses communautés dans le monde.

L’équipe du projet a étudié avec soin les leçons apportées par l’exécution de la phase I. Cette phase pilote portait sur 20 villages dans les îles de l’Indonésie orientale de Sulawesi (Célèbes) et de Papoua (Nouvelle Guinée orientale).

« La phase initiale consistait à mettre en place une protection à grande échelle des récifs. Elle a permis de démontrer que sans la participation des communautés locales, cette protection ne serait pas efficace. »

Mais lorsque ces communautés se sont vues conférer des droits légaux de gestion de pêches et qu’elles ont reçu l’assistance du gouvernement tant à l’échelle locale qu’au niveau central pour assurer leur mise en application, elles ont accordé tout leur appui au projet.

Eveiller les consciences

Eveiller les consciences sur les conséquences de pratiques insoutenables sur le plan environnemental, comme la pêche à l’explosif, est un aspect essentiel du projet actuel.

« Beaucoup ne connaissent pas la liaison entre les récifs coralliens et les activités de pêche. Ils ne comprennent pas que ces récifs sont les lieux où les poissons se reproduisent », dit Patil. « Nous disons à ces communautés que s’il n’y a pas de récifs, elles n’auront plus de poissons. »

A ses début, les campagnes du programme ont pris pour cibles les élèves des écoles primaire et secondaire, en distribuant dans les écoles des livres illustrant par de belles images en couleurs, la liaison entre récifs coralliens et production halieutique.

« Les jeunes sont pour nous des acteurs essentiels. Les leçons qu’ils ont apprises à l’école sont passées à leurs parents, et ces jeunes représentent la nouvelle génération de pêcheurs. »

La première phase de cette campagne visant à éveiller les consciences du public a rencontré beaucoup de succès dans les communautés pilotes, dit Patil. Une évaluation des résultats de la campagne montre que parmi les communautés visées, le niveau de la connaissance des liaisons entre récifs et pêche et du rôle essentiel joué par les récifs est passé de 15 à 75%. La pratique de la pêche à l’explosif diminue au fur et à mesure que ses conséquences sont mieux connues.

La phase suivante du projet aura pour objectif d’éveiller davantage les consciences des communautés grâce à des campagnes à la télévision, dans les journaux et à la radio, ainsi que par une éducation intensive au niveau de la communauté. La stratégie consiste à distribuer des téléviseurs et des lecteurs de vidéodisques numériques dans les communautés de façon à assurer leur accès aux programmes éducatifs relatifs aux liaisons entre récifs et pêche.

Feuille de route pour l’avenir : il faut des solutions durables

Le projet corail explore également d’autres méthodes pour rendre les pêches de la région durables. Des possibilités de financement sont envisagées à l’heure actuelle pour faciliter le rachat de navires de façon à réduire la taille des flottes de pêche dans la région. On envisage également la mise en place de zones d’interdiction de pêche et de périodes d’interdiction de pêche comme par exemple au moment de la pleine lune.

On étudie également des moyens d’augmenter le revenu des pêcheurs locaux et de les aider à trouver de nouveaux marchés dans le secteur privé. L’espoir ici est de créer des incitatifs économiques en rendant moins lucratives des pratiques de pêche destructives.

Le gouvernement indonésien a également mis en place un cadre institutionnel pour la gestion à long terme des récifs coralliens. Une unité de coordination nationale, composée de représentants de différentes agences et située dans le Ministère de la pêche et des affaires maritimes, dirigera l’effort de protection des récifs coralliens à l’échelle nationale.

Au niveau du district, une nouvelle institution a été créée : la Commission autonome des communautés côtières, comprenant des représentants des collectivités locales, du secteur privé et des organisations non gouvernementales et des communautés elles-mêmes. Son mandat est d’assurer que les fonds affectés au district pour aider les communautés locales, quelle que soit leur source, soit utilisé de façon transparente.

« Nous avons été capables de démontrer grâce à nos services d’analyse et de conseils que nous sommes en mesure d’aider le gouvernement à mieux gérer ses ressources halieutiques » conclut Patil.

« L’Indonésie fait figure de pionnier dans ce domaine. »